Oct 2003

 

Ludwig Trovato –« Mon corps en procès » (Flammarion)

Notes de lecture

 

Phrase retenue : « sans calcul. Il faut que je sois sincère en rétablissant mes pensées. Si on arrive pas à formuler, on est RIEN. »

 

Premières pages : narration de l’accusation è assimilable à un « viol » légal

Ex : la personne chargée de faire l’enquête sur la personnalité de l’auteur impliquant de ce fait la nécessité d’interroger la famille

 

(page 15) « à l’évidence, on commençait à exposer, contre ma volonté, une partie importante de ma vie restée jusque-là secrète. On allait détailler mon corps, exposer mon parcours. Les élèves apprirent au commissariat que j’étais transsexuel.

 

(page 17) : on revient sur le traumatisme de la procédure de la page 15 è les photos, les empreintes et, fait à révéler pour démontrer toute la puissance des REGLES/TEXTES/LOIS sur l’Etre «  les flics n’y ont pas cru je pense, mais c’était dans l’ordre des choses »

 

(page 18) : passage extrêment violent : « A la fin de la première journée d’interrogatoire, on nous a fait sortir du commissariat, Jean-Luc et moi, menottés tous les deux, pour aller faire une perquisition dans la salle de classe.

 

(page 21) : à commenter è fille / garçon / macho : le commissaire conciliant lorsqu’il considère Ludwig comme une « fille » déguisée en garçon, puis, après lecture « d’un courrier imaginaire » trouvé dans les affaires de Ludwig, n’adopte plus l’attitude de l’homme « protecteur » rapport « faux garçon » « d’une femme ». Ce passage restitue toute la pensée hétéro-normée, relation homme/femme

 

(page 22) (pour Carine) : « c’est paradoxale de dire qu’on change de sexe. Parce que le sexe, c’est souvent ce qu’on change en dernier, ou alors c’est ce qui ne change pas du tout. Le changement de sexe se fait dans sa propre tête. » = peut-on assimiler ce paragraphe comme le passage du rôle social à l’autre ?

 

(page 35) : allusion au parcours transsexuel dit officiel et les fameux tests de rorschach : « je lui expliquai que je les avais déjà faits quelques années auparavant, pour les besoins d’une thérapie, imposée avant de commencer un traitement hormonal ».

 

(page 38) (petit aparté) : lorsque Ludwig écrit « il est difficile, quand on est accusé, de rester simplement à sa place et d’attendre », j’ai envie de rapprocher cette situation lorsque l’on décide de faire une transition et que l’on place les trans. dans une position de subordonné, de suivant …

 

(page 41) : Ludwig, interdit d’approcher de loin ou de près les élèves se retrouve confronté au jugement des biens pensants qui ONT le « DROIT » de leur côté, même si ces personnes l’ont connu avant, côtoyé quotidiennement, elles le rejettent parce qu’il a déroger à la toute puissance de ce qui est « normal », ce que dit la loi est pure vérité et prime sur une personne que l’on connaît mieux qu’une notion … « J’aurais dû disparaître, puisque j’était maudit. Tandis qu’elle, elle avait bien le droit de monter sur scène et de profiter de ce superbe cadeau qui lui était offert de chanter avec Jean-François ».

 

(page 53) : demander à Ludwig (s’il accepte de venir) de commenter ce passage « Aujourd’hui, la transsexualité est presque à la mode. Du moins une certaine forme de transsexualité. Dans le sens homme-femme, évidemment. Mais, cela dit, c’est mieux qu’avant, il y a moins le ton misérabiliste pour en parler … »

 

(page 54) : synthèse de la procédure « d’admission » à transitionner ; rencontre du Pasteur Doucé

 

page 55 : «  je pensais qu’en changeant quelque peu mon apparence j’allais m’approcher de ce monde des hommes que j’aime. Je ne sais pas de quel monde je me suis approché, je crois que l’important c’est d’approcher son propre monde, de comprendre son désir, en tout cas d’essayer de le satisfaire, de le cerner, d’aller de plus en plus loin, de passer d’une forme abstraite à quelque chose de plu concret.

 

Page 60 : se profile le début de l’acharnement ; la partie civile s’apercevant qu’aucun élément d’accusation ne peut être retenu -à il faut trouver quelque chose : notion d’asseoir « la justice du système hétéro-normé face à la non normalité » ; ainsi, quelques pages plus tard (page 77/78) « la petite communauté offensive qui s’était formée autour de J. était essentiellement composée de femme (…) Et on pouvait difficilement échapper à la conclusion qu’à l’évidence nous présentions J.Luc et moi, tout ce que la gent masculine contenait, par sa nature même, de perversion – étant entendu que seuls les hommes étaient des pervers en puissance. Et J. m’apparaissait instrument entre leurs mains, qu’elles pouvaient utiliser pour mener à bien leur entreprise de démolition. En lui faisant endosser le lourd manteau de « victime » il fallait maintenir jusqu’au bout, au risque de le détruire, cette position même s’il n’y avait finalement pas de délit

 

Page 61 : cohérence de ce qui est écrit à la page 55 « que l’important c’est d’approcher son propre monde (…) » où il écrit : « j’ai appris à m’accepter, à comprendre qu’il y avait place pour autre chose que ce qui est convenu, et qu’il fallait non seulement que je m’accepte tel que j’étais, mais que je revendique en quelque sorte cet état-là, non pas d’une façon agressive ou en m’exposant, mais en me découvrant moi même (…) et, peut-être représentatif d’un genre nouveau pas forcément un homme ou une femme.

 

 

 


Page 62 : à citer et à rapprocher de la note de la page 22. Il se revendique. Il s’assume, il se vit et n’attend pas que le regard de l’autre lui dise qui il est ; de ce fait Il s’est donc AGI, il s’est créé =è liberté de « s’ETRE »

 

Pages 62/63 : Il parle de lui dans la réalité, SA REALITE « les rencontres qui on forgé mes décisions, qui m’on fait assumer ma singularité ce sont ces gens qui m’ont non pas « accepté » mais « INTEGRE » dans l’univers … » L’individu, démonté, annihilé, supprimé, ignoré par l’autre réalité imposée par la [force] loi, la « justice », la norme, la généralité -à la société qui nie l’Individu et son libre arbitre, sa libre de pensée. Dans cette circonstance il devient étranger à lui même (page 93) où il se trouve confronté à la subjectivité des autres … « il y a un rapport au temps très particulier lorsque vous êtes pris dans les mailles d’une procédure judiciaire. Vous n’en avez pas la maîtrise, c’est une évidence, mais vous entrez aussi dans une autre matière [quelle acception ?], assez paradoxale, vous êtes censé répondre à des exigences formulée pénalement, [comme si ces exigences devaient être innées « nul n’est censé ignoré la loi »] vous pensez alors être examiné consciencieusement et de façon OBJECTIVE, mais peu à peu vous réalisez que vous êtes au centre d’intérêts qui vous échappent et de SUBJECTIVITE diverses : juge d’instruction, procureur, experts. »

 

Ceux qui font les lois, la justice oublient [peut-être] trop souvent qu’ils mettent dans ce qu’ils produisent une grande partie d’eux-mêmes« il y a ce temps impartial où vous êtes la physiquement, répondant aux auditions, expertises, enquêtes, puis cet espace où ce qui se joue ne dépend pas seulement des faits et détails de l’affaire, mais de DONNEES INCONNUES par vous, qui reposent sur des positions MORALES, POLITIQUES, sur des points de vue divergents des uns et des autres. »

 

Ludwig prit dans l’imbroglio judiciaire lui ôtant alors sa création, sa personnalité : c’est ce que l’on démontre, de lui, qui est la réalité …Page 194 : Je ne me suis jamais senti marginalisé dans la vie sociale par ma démarche personnelle, j’ai tout fait pour cela, ou plutôt je n’ai rien fait forcé pour m’« intégrer », ce sont les autres que j’ai avalé, ils ont contribué à mon changement. On ne fait rien totalement seul car ce qui forme un corps et une pensée, ce sont aussi les nourritures qu’on puise dans l’œuvre et la vie des autres, les vitamines nécessaires à ce qu’on est. (j’aime beaucoup ce passage)

 

L’accusation l’oblige à se conformer à s’adapter aux règles (page 206) - attente du procès - « j’avais été bien docile, conciliant et obéissant, je m’était montré pragmatique et raisonné, mais là j’étais en colère, ce qui résistait, c’était la morale »

 

 

Page 76 : révélation de « l’hypocrisie, la méchanceté, la haine. Paradoxe et contradiction de la société, des lois, de ladite « évolution » des mœurs dans les lieux à la mode ; si un événement, dont vous êtes le centre intervient, on saisit alors votre différence pour vous acculer et vous accusez de tous les mots. Tout fonctionne sur le mode de la culpabilité, il faut un coupable à quelque chose lorsque intervient un fait inexplicable, « in-argumentable » … une raison aux peurs !

 

Page 78 : la bêtise n’a pas de borne ; la norme doit avoir raison « alors qu’il est établi qu’il n’y avait pas eu viol (…) on savait que je ne l’avais pas forcé, qu’il avait menti, on était par là pour ça, mais pour une question de MORALE »

 

Page 82 : la visite du commissariat par des jeunes enfants -à où se trouve l’intérêt pédagogique ? Eduquer par la peur ! Et je fais une transition avec le paragraphe suivant où Ludwig écrit « lorsque vous êtes accusé (…) » : réalité quotidienne d’être « trans » : « ACCUSE » !

 

Page 99 : le mal est fait ; un cri de rage, (une sorte de quatrième de couverture), alors qu’il a été jugé, insulté, traité en bête noire quelques mois avant « l’accusation démontée, (…) » personne ne lui présentait d’excuse ; il décide qu’« ALORS, on ne devait pas oublier cette histoire » et il démontrera où se trouve la vraie perversité en la racontant dans un livre « ALORS, j’allais raconter, puisqu’on m’avait ôté toute pudeur, puisque je n’avais pas honte, non, de cette relation. Non, le sexe n’est pas honteux, ni l’amour, ni le désir [contrairement aux tabous inspirés par la morale judéo-chrétienne] Je n’ai rien fait d’interdit, cela a été reconnu [ironie ?]

 

 

Page 102 : la morale, c’est toujours celle des autres. [citation retenue, qui exprime et résume les notes précédentes]

 

Page 114 : Ludwig a besoin de « digérer » et songe à écrire un scénario « (…) non exhaustif, exposé « par analogie et transfert approcher toute l’horreur vécue » ; il nous en livre quelques passages (pages 116 à 130)

 

Quelques notes sur le scénario :

 

Page 122 une citation de Georges Bataille : Nous sommes farouchement religieux et, dans la mesure où notre existence est la condamnation de tout ce qui est reconnu aujourd’hui, une exigence intérieure veut que nous soyons également impérieux. Ce que nous entreprenons est une guerre »

 

Page 124 : « il ne voulait pas de modèle. Il n’admettait pas les carcans. C’était valable pour les attitudes comme pour les sexes. Ce qui lui importait, c’était de construire son corps comme il le voulait. Mettre sa pensé dans son corps. Et c’était comme si son corps le guidait.

 

[Comme on parle de carcans, je voudrais citer quelques vers d’un auteur (poète maudit ;-) ) auxquels cette scène me fait penser :

 

 

Il regarde monter la fumée devant les cendres du monde

L’excommunié, le dissident, n’aspire qu’à descendre du monde

Station à genoux devant l’éternité,

Un désir fou d’accoster, cesser de se consumer.

 

L’Un-stand s’adonne dans l’instant

Sans foutre, s’en foutre, briser tout les carcans

 

Debout, les mains tendues, l’aristocrate de la liberté brûle

Le renégat, le regard droit, refuse tout ce qui régule

Souvent désabusé par l’étroitesse de ses chaînes

L’âme vidée, l’espoir assassiné, il sombre dans la peine.

 

L’Un-stand s’adonne dans l’instant

Sans foutre, s’en foutre, briser tout les carcans

 

Et elle se demande s’il va mourir cette nuit et renoncer

Si cette bête qui le ronge est la mort ou s’il est damné ?

Mais sa douleur est telle qu’elle l’étouffe de silence

Il crie pourtant de l’intérieur luttant contre la déchéance.

 

L’Un-stand s’adonne dans l’instant

Sans foutre, s’en foutre, briser tout les carcans

 

------------------------------

 

Le livre se poursuit sur le présent de Ludwig, ses réflexions, ses pensées sur divers thèmes, sur les différences, plusieurs flash back entre aujourd’hui et hier, commentaire de l’arrêt :

référence (page 150) aux jeunes gens du lycée Henri IV censuré parce qu’ils posaient nus en couverture de leur magazine ;

page 152/153 : l’importance de l’aspect social dans l’état des transgenres ( ?) ; Ludwig semble beaucoup fonctionner sur le ressenti/sensations/sens

page 155 : retour sur le passé, question : « qu’est-ce qui fait que « quoi » ?, qu’est-ce qui fait qu’on change son destin ? »

page 160 : lecture de l’enquête de personnalité laisse assez perplexe dans le sens où l’on scrute la personne dans son fonctionnement (de quel droit ?) : on la juge, on la jauge, on note …

pages 162/163 : l’orientation scolaire de l’enfant selon sa condition sociale

page 169 : une classe « d’exclus » et exclut du système, différente où l’on n’enseigne pas au mérite, aux résultats de l’élève, sans conflit d’autorité, une classe qui dérange le système

page 174 : la société « l’absout » =è appréciation morale du juge -à non lieu rédigé à contre cœur (p. 179)

page 175 : la force ultime des codes « non émancipé par le mariage » (institutions !!)

page 176 : voyage au mozambique , le tournage qui ne se fait pas ; phrases retenues : « les egos des uns et des autres pour obtenir le pouvoir firent que rien n’aboutit » ; « (…) filmer ce qui n’existe pas …

page 180 : lecture du jugement, on parle de Ludwig au féminin

page 184 : ses rencontres, son souhait du non conformisme, ses jeux amoureux avec Carl : « l’inversion des rôles et des genres »

page 186 : dénonciation des rôles sexués que chacun joue, » rôle de la femme tel qu’il est défini par les traditions familiales, voilà qui m’énervait profondément »

 

 

CONCLUSION : Que répondre [pour autant qu’il faille répondre sans se justifier] aux jugements, aux contradictions que l’on nous oppose ? pourquoi ne pas citer Ludwig :

page 151 : « Je n’ai pas transformé mon corps, j’ai essayé de le rendre plus conforme à mon désir. »

page 152 : « Je ne voulais pas être une femme. Devenir une femme. Je ne l’ai jamais été. Je suis passé de fille à garçon. Parce que j’ai changé de genre lors de mon adolescence. » (la femme serait une construction sociale ( ?) )

 

ou, encore, montrer l’évolution de l’état d’esprit, des réflexions, page 229 :  « j’ai compris depuis peu de temps que ce qui m’importait, plus que de changer de sexe, était de changer de « genre ». Sans pour autant entrer dans les stéréotypes. J’accepte la féminité qui reste en moi. Je porte attention à mon allure, et je ne cherche pas à me « viriliser » à outrance. Bien que je ne croie pas à la notion d’androgynie, j’aime l’idée de bousculer les codes et les rôles. Pouvoir observer le trouble que suscite parfois mon apparence, dans laquelle subsiste quelque chose de féminin. D’y trouver mon équilibre, d’être en paix avec moi-même. »